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Elisabeth Gavoille

Ancienne élève de l’ENS d’Ulm-Sèvres, agrégée de Lettres classiques, docteur en études latines et habilitée à diriger des recherches (Paris IV-Sorbonne), Élisabeth Gavoille est maître de conférences HDR de latin à l’université de Tours. Ses recherches, en poétique et histoire des idées, portent sur les rapports entre esthétique et éthique dans la littérature latine classique (Ars, étude sémantique de Plaute à Cicéron, Peeters 2000), et plus particulièrement sur les extensions paradoxales de l’art (monographie d’HDR Poésie et philosophie : art d’aimer chez Ovide, art de vivre chez Sénèque). Elle travaille aussi les genres élégiaque, comique et satirique, ainsi que sur l’art de la lettre (coéditrice des actes de cinq colloques à Tours sur l’épistolaire antique et ses prolongements européens). Elle s’intéresse enfin aux études interdisciplinaires (direction de Fantaisie poétique et dérision des puissants, Tours 2011, co-direction de L’autorité dans le monde des lettres, Kimé 2015, et de Stratégies et pouvoirs de la forme brève, Kimé 2017).



Ars, étude sémantique de Plaute à Cicéron
Louvain-Paris, Peeters, 2000
Discipline : études latines, sémantique générale, histoire des idées
 

Cette recherche part de la description des sens multiples du mot latin ars, qui a donné « art » en français : manière d’être et façon d’agir, habileté et astuce, procédés et conduite, règle d’action, savoir-faire, science particulière, technique par opposition à nature, méthode et théorie… Si l’on peut remonter étymologiquement à l’idée d’adaptation étroite entre les parties d’un tout (racine indo-européenne ar- qui recouvre bien des domaines, artisanat, calcul, musique, rite religieux, ordre cosmique), la cohérence du mot latin tient dans la notion de « savoir », sans se limiter à la connaissance pratique et au savoir-faire (comme on l’a trop dit aussi pour le mot grec correspondant technè) : ars déploie toutes les formes et nuances de savoir, depuis l’habileté manuelle jusqu’à la plus haute spéculation intellectuelle.

La particularité d’ars est de représenter un savoir partiel, spécialisé (comme le grec technè auquel il a beaucoup emprunté par le biais de la traduction, notamment dans des traités rhétoriques et philosophiques). Mais s’est développée une extension paradoxale de la notion avec le concept d’« art de vivre » inscrit au cœur de la philosophie stoïcienne : un savoir élargi à l’ensemble de la vie, étendu à chaque instant et action de l’existence. L’art de la vie signifie la sagesse, l’art parfait en tant que science totalement en acte. Ce modèle inspire certes l’« ascèse » philosophique (ou entraînement, technique de vie pratiquée comme voie vers la sagesse, manière de vivre philosophiquement) ; mais en tant qu’art total, qui transcende tous les autres arts et représente l’accomplissement de la raison humaine, lui-même n’appartient qu’à la figure hypothétique du « sage » – idéal qui mobilise toujours l’effort de l’homme réel et imparfait, le « progressant » en marche vers la sagesse.